STÉPHANIE SALIOT

Installée dans le Morbihan, au centre Bretagne, au Saint, « des fruits, des fleurs » est une pépinière biologique fondée en 2015 et gérée par Stéphanie Saliot. La pépinière propose une gamme variée de plantes comestibles et/ou utiles, à cultivés au potager, au verger, en haie, terrasse et balcon.
Faisant le choix de la proximité et de la vente directe, la pépinière fournit un certain nombre de restaurant gastronomique de Bretagne qui apprécie la qualité de la saveur des plantes qu’elle cultive par exemple comme les arbustes, les haies fruitières, les petits fruits, les plantes aromatiques et médicinales, les légumes perpétuels, les plantes ornementales…

Stéphanie fait partie de l’équipe de professionnels qui « pensent » les formations avec l’USPG et qui accueille les stagiaires sur sa ferme lors des sessions.

Soucieuse de relier la qualité du travail à travers les saveurs et arômes que les plantes libèrent, la collaboration avec des cuisiniers, qui aiment travailler avec le vivant, est pour Stéphanie une évidence. C’est donc avec se souci de partager des saveurs végétales qu’elle rencontre l’Alliance Slow Food des Cuisiniers dont elle fournit certains de ces membres restaurateurs. C’est par l’intermédiaire de l’Alliance qu’elle rencontre Minga à l’occasion de la campagne « Graines d’une Bretagne d’avenir » et qu’elle devient membre fondatrice de « graines de liberté – hadou ar frankis » avec 13 producteurs de la région pour s’impliquer dans la création d’un établissement semencier en Bretagne valorisant des semences variété de population.

Fleurs et plantes aromatiques avec Stéphanie SALIOT
logos des fruits des fleurs
Stéphanie Saliot : pépinièriste qui propose une gamme variée de plantes comestibles
Portrait de Stéphanie Saliot pépiniériste et productrice de plantes aromatiques

TÉMOIGNAGE

 » Avant d’exercer le métier de pépiniériste j’étais formatrice en prépa kiné à l’institut régional sport et santé de Rennes. J’accompagnais 5 classes de 40 élèves dans la préparation de l’épreuve de Sciences Physiques du concours. Il fallait créer dans les groupes une émulation telle qu’ils parvenaient à un niveau de performance et d’autonomie incroyable !
Je pouvais alors me retirer et n’intervenir qu’auprès des étudiants qui avaient encore besoin d’une aide personnalisée. J’ai exercé ce métier pendant 12 ans en adorant ce contact avec les jeunes !
C’était plus un métier de coach que de prof, le rythme était extrêmement soutenu avec des tranches de 4 heures de « cours » à suivre, des devoirs surveillés chaque semaine, des concours blancs 4 fois dans l’année ! On n’imagine pas le travail de préparation et de correction qui correspond, d’autant que chaque étudiant aime se sentir unique et qu’il faut personnaliser les corrections afin de mettre en lumière les points forts et les points faibles de chacun !
Mon année de travail était concentrée sur 7 mois de septembre à avril, ensuite les étudiants partaient pour une longue série de concours… Pendant ce temps, je cultivais mon jardin…

Départ en milieu rural
En 2005, quittant la ville de Rennes devenue trop chère, je m’installais avec mon fils de 4 ans à 35 km en périphérie de la ville, en zone rurale. J’y louais une maison en terre et pierres ainsi qu’un terrain agricole. J »avais décidé de faire un grand potager de 2000 mètres carré, avec des légumes, 2 serres, des petits fruits et des fleurs. J’ai commencé à la grelinette et j’ai récupéré des plants en donnant des coups de main chez des professionnels, maraîchers horticulteurs et pépiniéristes.

C’est en vendant les excédents de production de fraises, notamment, que j’ai pris conscience de l’enjeu alimentaire qui se présentait à moi : comme je n’avais aucun statut agricole, je vendais mes fruits  » illégalement  » à la sortie des usines d’agro-alimentaire qui étaient installées à côté de chez moi. Beaucoup de femmes, salariées de ces usines de surgelés, découpe de viande et plats préparés trouvaient que je vendais mes fruits trop chers. Je leur expliquais qu’en achetant en grande quantité par plateau de 5kg cela revenait au même que lorsqu’elles allaient au LIDL acheter des fraises cultivées en hydroponie et vendues par SAVEOL. Déjà les enjeux politiques me sautaient à la figure, je leur expliquais que je n’utilisais pas de traitement et que mes fraises cultivées en pleine terre avaient bien meilleur goût. Les semaines suivantes elles accouraient vers moi en me disant que, le soir même, elle et leur famille avait dévoré tous les fruits et m’avouaient qu’elles n’en avaient jamais goutté d’aussi bons. Là, j’ai compris que l’accès à une alimentation de qualité était loin d’être égalitaire et pas forcément pour des raisons économiques mais surtout à cause de facteurs éducatifs. Elles pensaient que ces produits-là n’étaient pas pour elles. Cette expérience a créé un déclic.

Du déclic à l’installation
En 2013, je savais que je n’allais pas continuer le métier de formatrice plus longtemps pour plusieurs raisons :
– travailler dans un secteur qui favorise la compétition, la sélection, l’élitisme, devenait trop difficile pour moi : accompagner les élèves suppose aussi de les soutenir dans les moments difficiles, avec le stress et cette ambiance de concours, certain(e)s d’entre eux développaient des pathologies psychosomatiques : anorexie, crises de tétanie, burn-out, dépressions pouvant aller jusqu’à l’hospitalisation, addictions… En les écoutant et en essayant de leur parler je me rendais compte que j’étais complice d’un système déshumanisant et que cette stratégie de l’élitisme frappait injustement des jeunes qui allaient jusqu’à perdre totalement confiance en eux et risquait de sombrer. Cette démarche allait en l’encontre de la célébration de la vie, elle devenait insupportable pour moi.
– tccepter les nouvelles méthodes de management choisies par mon nouvel employeur était impossible, je voulais garder une autonomie dans mon travail et refusais de participer aux stages d’émulation entre collègues et me sentais de plus en plus évaluée sur mes résultats (en clair : le pourcentage de réussite et les retours des parents d’étudiants).
– la course effrénée  » métro boulot dodo  » commençait à m’épuiser : 3 fois par semaine je chargeais mon vélo et mon fils dans la voiture, le déposais à l’école à 5 km de chez moi, puis je prenais le train TER avec mon vélo et une fois arrivée à Rennes, il me restait 4,5km à faire : un vrai parcours sportif pour arriver au boulot !
– l’absence de lien au quotidien avec la nature et la sensation d’enfermement en classe m’étaient devenues insupportables : pendant mes heures de cours je regardais par la fenêtre lorsqu’il faisait beau en me disant : mince ! J’aurais pu semer mes carottes… j’aurais pu ceci, j’aurais pu cela… autant de sentiment de frustrations qui alimentent l’aigreur et l’insatisfaction au boulot !
À partir de ce moment-là, tout s’est enchaîné : mi-avril 2013, j’ai demandé une rupture conventionnelle à mon employeur, j’ai dit au revoir à mes collègues que j’adorais, j’ai fait un grand discours devant les élèves en mode « Suivez vos rêves ou bien le monde entier va s’effondrer » et tout était fini.
Dans le dernier train qui me ramenait moi et mon vélo, je n’ai pas pu retenir mes larmes : 12 ans de boulot et un nouveau départ mais toujours cette difficulté de perdre les habitudes, les collègues que l’on aime et l’incertitude de l’avenir, mais je savais pourquoi j’avais fait ce choix, l’essentiel était là et je pouvais me perdre dans l’action car j’avais tout à construire !
En Juillet 2013, j’arrivais à Le Saint, petit village de 600 habitants où une amie agricultrice installée depuis 15 ans m’avait trouvé une petite maison à retaper que j’achetais 12 000 euros ! J’avais fait installer un mobil-home dans la cour de la maison et commençais la rénovation. Je n’avais jamais rénové auparavant, mais en discutant avec les voisins et grâce à mes économies, j’ai fait faire le gros oeuvre : refaire l’empoutrement, créer une porte fenêtre, refaire les huisseries. Pour le reste : électricité, enduit, isolation, placo, peinture, carrelage… j’apprenais en faisant ! Cette rénovation a duré 2 ans pendant lesquelles j’ai vécu avec mon fils de 12 ans, dans le mobil-home.

La préparation à l’installation
Pendant ces 2 ans ; je préparais également mon installation. La première difficulté a été de savoir définir clairement le projet, j’arrivais avec l’envie de produire des petits fruits, dans mes bagages, j’avais les plants de mon précédent jardin : des arbustes fruitiers et des fleurs. Il fallait commencer à planter.

L’accès au foncier
Le second frein était l’accès au foncier, je sondais dans le voisinage à la recherche d’un hectare à acheter ou à louer : je me heurtais à un mur, les gens du coin s’accrochent à leur terre comme des moules à leur rocher. Prétextant qu’ils attendaient le réchauffement climatique pour voir leur terre prendre de la valeur suite à un afflux de touristes ou bien proposant des parcelles de forêt avec des pentes vertigineuses, ou bien refusant tout net de peur de voir une étrangère s’installer sur leur territoire (qui ne connaissait rien à l’agriculture en plus !) : le pari était loin d’être gagné.

Le rapport aux institutions
Troisième difficulté : le rapport aux institutions : qui n’a pas perdu son sang-froid lors d’un coup de fil avec la MSA qui vous balade de services en services pour finalement vous avouer que la personne qui s’occupe des installations est en congé ? J’étais très anxieuse sur la question des statuts : tout un vocable à acquérir, cotisant solidaire, assujetti à la TVA, au réel simplifié, un jargon qu’il faut savoir décrypter mais qui reste anxiogène au moment de remplir les dossiers et où l’on coche une case en se disant est ce que je suis sûre d’avoir compris de quoi il s’agit ?

Le modèle économique
Quatrièmement, avoir une idée de son choix de modèle économique. Les renseignements pris auprès du Groupement d’Agriculteurs Biologiques me donnait plus envie de tout abandonner que de faire face : chaque culture a son modèle de rentabilité donc pour une Unité de Travail, il faut cultiver tant de surface de fraises et pour compléter il faut y ajouter tant de surface de haricots verts et il faut vendre en libre cueillette et s’installer à côté d’une 4 voies pour être sûre d’avoir des clients… Au secours ! Non, je n’ai pas envie de ça, tant pis, je me débrouille toute seule, sans modèle économique, on verra bien ! Préférer rester dans le flou pour ne pas avoir à affronter la question économique, n »est acceptable uniquement parce que je fais le choix de vivre « pauvrement » et que j’arrive avec des économies, 2 ans de chômage, dans un coin paumé où le foncier et le bâti ne coûte pas cher ! Aujourd’hui, avec le recul, la question économique commence à se résoudre au bout de 5 ans tout de même !
Voilà pour les difficultés rencontrées à l’installation, pendant les 5 ans d’activité qui ont suivi, j’ai rencontré d’autres problématiques…

Les rapports humains en agriculture
Plutôt que d’énumérer la liste des problèmes techniques rencontrés je préfère aborder cette question sous l’angle des difficultés de rapport humain dans un contexte agricole.
En arrivant sur un lieu où sont déjà installées 2 agricultrices l’une pépiniériste, l’autre confiturière, je me suis confrontée à la question du partage des ressources et celle de l’accès aux outils dans un collectif informel et non hiérarchisé.
Par exemple, l’accès à l’eau : chaque goutte prélevée sur le lieu pour alimenter mon projet est une goutte en moins pour le collectif et parfois cela peut être mal vécu. Il ne faut pas s’imaginer que parce que l’on est paysan(ne) on a naturellement une conception collective des ressources, et je ne tardais pas à en faire les frais. Non, la terre n’appartient pas à tous, ni l’eau issue des nappes de surface, qui semblait dans un contexte tendu de chaos climatique (printemps et hivers secs) devenir également une propriété privée. J’ai co-financé et installé une pompe dans un puit qui existait près des habitations de mes collègues, installé un système d’irrigation, mais chaque milieu d’été, où la ressource se raréfiait, je sentais la tension monter et subissais des remarques de leur part qui m’ont conduite à minimiser ma consommation ce qui a mis mes cultures en grande difficulté.
En étant titulaire d’un bail de fermage de 9 ans, même si je n’étais pas « chez moi » pour pérenniser mon activité, il devenait nécessaire d’investir dans un forage et régler la question du partage de l’eau….

Ce simple exemple de l’eau est révélateur de la difficulté d’accéder aux ressources en dehors d’un contexte individuel où l’on se donne lors de l’installation tous les moyens nécessaires au bon fonctionnement de son activité, au détriment d’initiatives collectives qui amènent souvent des difficultés. Et pourtant, nous sommes toutes et tous convaincus qu’il est urgent pour la planète de partager les ressources au lieu d’en faire une propriété individuelle !

Le métier d’artisan semencière :
La compréhension au fil des années de production, du cycle de quelques plantes et l’intérêt qu’elles représentent par leurs qualités gustatives, leurs capacités à être mellifères, les usages que l’on en fait…, conduisent assez vite à l’envie de multiplier ces plantes pour soi et pour les autres.
C’est là que commence pour moi le métier de semencier :
Il prend sa source dans l’observation d’un cycle : de la naissance de la plante lorsqu’elle germe à sa maturité lorsqu’elle porte ses graines.
L’artisan semencier devient ensuite maraicher, car pour reproduire la plante, il faut la cultiver en quantité suffisante :
Pour cela il faut savoir reconnaître les besoins de la plante en eau, en nutriment, son type de sol préféré, l’exposition dont elle a besoin pour se développer sur un terrain donné.
Ensuite il faut régler la question de l’entretien de la culture pour chaque plante, certains nécessitent un paillage, d’autres un ou plusieurs désherbages… en résumé il faut donner à la plante la possibilité de se développer parmi les autres plantes qui peuvent lui faire concurrence pour l’accès aux ressources.
Puis il faut reconnaître le temps de la récolte, qui dépend des conditions climatiques lors du cycle, et veiller à récolter régulièrement car les sujets d’une même variété n’arrivent pas tous à maturité en même temps.
Il faut ensuite pouvoir stocker les semences et les trier pour les rendre accessible à la vente et optimiser le pouvoir germinatif d’un lot.

Un autre aspect du métier est plus intuitif et subjectif car il repose sur la question du choix des variétés reproduites.
Ce choix peut être guidé par …
– des valeurs politiques : face aux multinationales qui s’approprient le vivant à grands renfort d’OGM et de brevets, je fais le choix de reproduire des variétés dites de populations libres de droit, adaptables et elles-mêmes reproductibles.
– des critères économiques : certaines variétés ont des rendements plus importants que d’autres : elles produisent plus de fruits, plus de graines. Ce sont aussi ces variétés qui plaisent le plus aux jardiniers traditionnels qui recherchent la rentabilité dans une optique d’autonomie alimentaire.
– des qualités gustatives et nutritionnelles : en travaillant en partenariat avec des cuisiniers, je peux valider les qualités gustatives d’une variété et choisir ensuite de la reproduire selon des critères :
– d’originalité : je suis en permanence en recherche de variétés d’autres régions, d’autres continents, notamment pour développer la gamme des aromatiques et fleurs comestibles. Mon but est d’élargir la palette des saveurs, des odeurs et des textures. Cela me permet aussi de me relier à d’autres cultures.
– de terroir : Les pôles urbains d’aujourd’hui étaient autrefois des zones maraîchères avec une forte identité variétale : les choux de Lorient est un exemple de variété de territoire cultivée et reproduite par les maraîchers soucieux de faire revivre leur patrimoine et affirmer leur identité.
– d’esthétique : choisir de reproduire des fleurs c’est souvent se donner une bonne raison pour avoir des bandes de culture très esthétiques et hyper mellifères.
-de biodiversité : plus la palette variétale d’un jardin est variée, plus celui-ci est résilient face aux intempéries climatiques et/ou attaques de nuisibles. Cette biodiversité cultivée va de pair avec le respect des espèces sauvages végétales ou animales à l’opposé d’une logique mortifère : Par ex « j’ai des pucerons : je les élimine » mieux vaut accueillir des insectes prédateurs et les laisser faire le travail !
Le choix des variétés par l’artisan semencier est simplement issu d’un vécu, d’une appartenance à une communauté ou d’un bagage technique.

Les projets d’avenir :
Aujourd’hui l’entreprise a 5 ans et commence à entrer dans les « années de croisière » En tant que gérante je suis rémunérée 1/2 smic mensuel à l’égal de mon compagnon que j’embauche comme salarié. Cela doit nous permettre de terminer les investissements et envisager l’année prochaine de nous rémunérer au SMIC.

La pépinière représente les 2/3 du chiffre d’affaire, la production pour les restaurants et la transformation (préparations fruitières et tartares d’herbes) forment le dernier 1/3. Le projet semence n’est pour le moment qu’à sa phase de genèse.
Dans l’avenir je souhaite continuer à créer le lieu, à lui donner du sens :
-dans les rangs de culture et dans les serres s’insèrent des objets insolites et créations personnelles qui racontent nos histoires personnelles et celle de nos ancêtres.
– une cabane dans les arbres héberge les jeunes que nous accueillons en wwoofing, ou les amis : c’est un lieu refuge qui permet « de prendre de la hauteur » et observer les champs et les animaux de plus prêt.
– le verger actuel va être peu à peu transformé en Jardin forêt : sorte de friche d’arbre nourricière et auto-suffisante qui concentrera toutes les espèces et variétés comestibles : feuillus, légumes perpétuels, lianes, arbustes fruitiers et légumiers, fleurs comestibles… Plantées selon des strates et avec une forte densité alternant avec des zones claires, ce jardin sera un havre de paix pour les animaux et un lieu ressource pour nous.
Les différents métiers que nous abordons grâce à notre activité sont porteurs de sens pour toute une génération de jeunes trentenaires qui souhaitent créer leur propre lieu individuel ou collectif dans lequel coexistent pratiques artistiques, jardin en permaculture, école à la maison, artisanat, ateliers pédagogiques… Pour avancer dans leur projet et aborder plus concrètement leur reconversion (souvent du secteur du journalisme, nouvelles technologies, info graphisme…) ils passent quelques semaines chez nous pour des « chantiers de formation ». Le système actuel est celui du wwoofing : des coups de main contre hébergement et repas et bien sûr FOIRE AUX QUESTIONS !
En professionnalisant ces formations, en leur donnant plus de structure et en ciblant les sujets, j’espère pouvoir les proposer sous forme d’ateliers/séjours rémunérés, ce qui me permettrait de revenir au sujet de la pédagogie que j’ai pratiqué dans mon ancien métier et qui me tient toujours à coeur, et pratiquer mon métier en limitant mes déplacements qui aujourd’hui sont très lourds.

Logo Minga Minga est une organisation professionnelle et politique engagée dans la production d’une économie de proximité et de qualité, au niveau local comme international.

Pourquoi MINGA ?
J’ai rencontré Emmanuel Antoine il y a 3 ans alors que je traversais une phase difficile dans mon métier, les difficultés rencontrées mettaient en péril mon activité, je venais d’apprendre que je devais déménager mes plantations et serres à l’issue de mon bail de fermage, j’étais très inquiète.
Il a fallu attendre 3 ans avant que je franchisse le pas de l’adhésion à MINGA, le temps nécessaire pour comprendre que la logique de filière ancrée dans nos métiers n’aide pas à se donner de la force. D’autant que le monde de l’agriculture « paysanne » n’est pas celui des bisounours, il reste cloisonné sur d’anciens modèles censés permettre de « lutter » contre l’agro-industrie, mais qui a bien du mal à intégrer des micro-projets qui sont pourtant pourvoyeurs d’emplois, avec des approches techniques novatrices (notamment le MSV : maraîchage en sol vivant, ou l’élevage de races locales) et un « relationnel » différent.
Je peux me sentir à l’aise et m’enrichir en échangeant avec des acteurs d’autres filières : cuisiniers, artisans… mais aussi, prof, personnel soignant, artistes, …
Les préoccupations de MINGA et le travail de veille proposé à ses adhérents sont indispensables et indissociables aujourd’hui de mon métier. Comment défendre l’idée des vivants (humains, végétaux et animaux) sans s’inquiéter ni s’opposer aux dérives totalitaires et destructions de nos humanités ?
Sur la question de l’alimentation :
Je ne pense pas que la question de l’alimentation soit dissociable de celle de la transmission, de l’éducation. C’est comme une maladie, la mal bouffe, il ne suffit pas de soigner les effets et symptômes, il faut travailler sur les causes. Comme pour traiter une addiction, il faut mettre au coeur du débat celui de la souffrance et des injustices.
Le jardin peut être un lieu d’échange et de parole, en prenant soin des plantes, on sort aussi de ses propres souffrances, on reprend place dans un tout.
De la nécessité de créer des jardins urbains, sans avoir forcément la question de la production, de la rentabilité en tête mais plutôt celle du soin, de la réparation. Les urbains subissent des agressions qui doivent être reconnues, et pansées. Il n’y a plus qu’un pas à faire ensuite pour goûter, croquer, passer un bon moment.

Stéphanie Saliot, septembre 2020